VAR, progrès ou marche arrière ?

Mis sur le devant de la scène, cet acteur est devenu la principale interrogation de cette Coupe du Monde.

Dans quel cas son utilisation est-elle demandée ?

La VAR se trouve à Moscou, qu’elle n’a pas quitté depuis le 14 Juin. Occupée par 4 arbitres internationaux désignés par la FIFA, elle est en charge de regarder les matchs sous 33 caméras différentes (caméras utilisées pour la retransmission des matchs) et deux supplémentaires focalisées sur les situations d’hors-jeu. Le principe est simple : en cas de situation litigieuse, le rôle de la Var est de venir en aide à l’arbitre central – qui est maître de sa décision. L’arbitre peut demander de son propre chef l’utilisation de la vidéo, mais cela peut également être le référent vidéo qui, dans le cas où l’arbitre passe à côté d’une action, peut lui conseiller de faire appel à la vidéo. À ce moment là l’arbitre central peut choisir de faire confiance à son référent, ou bien si même ce dernier a des doutes, il pourra aller regarder les images sur le bord du terrain. On identifie 4 cas où l’arbitre peut avoir recours à cet outil : valider ou non un but marqué, accorder un pénalty et pour les sanctions, c’est-à-dire attribuer un carton jaune ou un carton rouge et identifier les erreurs de jugement dans les différentes attributions d’avertissements.

Entre controverse et modernisme, la VAR suscite beaucoup d’intérêt. Théoriquement son utilisation est judicieuse, beaucoup d’observateurs pensaient que sa présence allait mettre fin aux différentes polémiques que tout habitué du football connait. On se trompe sur toute la ligne, le débat est juste déplacé vers l’emploi de cette assistance. La querelle sur l’instauration ou non de l’arbitrage vidéo n’a plus lieu d’être. Gianni Infantino, président de la FIFA depuis le 26 Février 2016, en a fait son fer de lance lors sa campagne. En Avril 2017, la FIFA vote pour l’utilisation de cet outil dans de grandes compétitions mondiales, comme la Coupe des confédérations et la Coupe du Monde.
Malgré beaucoup de détracteurs, la FIFA a tordu le cou à toutes ces querelles en imposant ce nouveau style d’arbitrage. À travers cette instauration, la FIFA a voulu utiliser la Coupe du Monde comme vitrine pour présenter ce nouvel instrument. Mais ses modalités d’utilisation sont décriées. C’est sur ce point là que la FIFA sera attendue au tournant. Du côté des anti-vidéos, les principales remarques restent que la VAR voue le football à devenir un sport « par séquences » et que ce sport perdrait son éternelle injustice dans certaines décisions qui en on fait sa légende. Revenons sur quelques situations houleuses où celle-ci a été utilisée dans ce Mondial.

Danemark – Australie

Menés alors 1-0 par les Danois, les Socceroos obtiennent un corner à la 30ème minute. C’est Aaron Mooy qui se charge de le tirer. Le corner est reprit de la tête par Mathew Leckie, la trajectoire du ballon est stoppée par la main de Yusuf Poulsen. L’action continue et repart dans l’autre camp, quand, d’un coup, l’arbitre du match, M. Antonio Mateu Lahoz, décide d’arrêter le jeu et annonce l’utilisation de la VAR par un rectangle dessiné avec ses mains. Il décide d’aller vérifier les images par lui même au bord du terrain, sa décision tombe rapidement : il revient sur son jugement et désigne le point de pénalty. Cela coûtera l’égalisation aux Danois, deux minutes après l’action initiale. Grâce aux images on s’aperçoit que Poulsen touche bien le ballon mais au point de dire que son geste est volontaire, absolument pas !

Espagne – Iran

Nous connaissons tous le sentiment d’une fausse joie, ce soir là c’est les Iraniens qui en ont fait les frais. La Roja ouvre le score à la 54ème minute sur un but peu esthétique à l’image de ce match. L’équipe entraînée par Carlos Queiroz égalise à la 63ème minute d’une tête sur coup-franc par Saeid Ezatolahi. Tous ses coéquipiers accourent pour fêter le but quant à la défense espagnole se retourne vers l’arbitre. L’arbitre fait donc appel à la VAR pour vérifier la situation. Près de deux minutes après le but, celui-ci est refusé pour un hors-jeu. Sur cette action, la question était de savoir si Ezatolahi était devant le dernier défenseur espagnol quand le coup-franc a été tiré. Une décision qui reste extrêmement discutable à la vue des images. Humainement parlant, ce choix reste très difficile à encaisser pour l’Iran. Deux minutes de patience pour au final voir l’émotion d’une vie s’évaporer.

Un débat déplacé ?

Ces situations ont clairement mis en lumière l’impact de l’introduction de la VAR sur le score d’un match. Si les modalités de son utilisation restent les mêmes, cet outil sera tout autant critiqué aujourd’hui comme demain. L’une des clés du succès qu’elle pourrait avoir dans les années à venir, se trouve dans la capacité des instances à réduire le temps de la prise de décision. D’après certaines études, le temps de ce processus peut prendre jusqu’à trois minutes. S’ils réussissent à réduire cette durée cela atténuerait l’influence que peut avoir cet outil sur l’intensité d’un match.

Mourinho, qui a toujours soutenu l’introduction de cette assistance, s’exprime sur les reproches basés sur le fait que la VAR mettrait fin à l’injuste dramaturgie que l’on connait tous dans ce sport, il semblait plus hésitant qu’à son habitude sur le sujet : « Les arbitres veulent bien faire et je ne pense pas qu’ils soient heureux de faire des erreurs. S’ils peuvent utiliser la VAR pour les aider à prendre la bonne décision, je pense qu’ils seront heureux. Mais si leur décision initiale est bonne et que la VAR change leur bonne décision en mauvaise décision, je ne pense pas qu’ils seront heureux. S’ils trouvent un moyen pour que la VAR ait toujours raison, alors je serai content.[…]. Au Portugal, la VAR est utilisée dans tous les matchs de championnat et cela a servi à rétablir la vérité à de nombreuses reprises, je trouve que c’est une chose formidable. Mais j’ai aussi vu des décisions assez discutables, qui ont rendu l’utilisation de la VAR douteuse. » La FIFA s’en défend, d’après ses études et dans ce Mondial, sur 335 faits de jeu qui ont fait objet d’une vérification de la VAR, 99,3% d’entres eux ont résulté à une bonne décision arbitrale.

Il faudra sans doute un peu temps pour que les esprits se fassent à la révolution qu’amène cet outil. Mais, globalement dans cette Coupe du Monde, les spectateurs se sont habitués progressivement à voir l’arbitre quitter le terrain pour rejoindre ce petit abri devant le tunnel des joueurs pour observer les images préparées par la régie vidéo de Moscou. Dans cette édition de 2018, le record de penalty a été battu seulement après le premier tour, 24 dans la phase de poules. Concernant la VAR, celle-ci en a accordé 14. Un chiffre qui pousse à un débat bien plus vertigineux, la VAR est-elle entrain de révolutionner les codes d’un sport vieux comme le monde ? Réponse dans les prochains mois.

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